Gideon la Neuvième est un alien de 600 pages, inclassable, mixant des éléments de science fiction à de la fantasy noire avec une bonne lichette d’horreur ; la murder party c’est la cherry on top.

Synopsis

Gideon est une orpheline élevée par toute une flopée de squelettes et de nonnes nécromanciennes. Son seul but depuis ses quatre ans : se tirer de la Neuvième maison où elle a vécu toute sa vie bon gré mal gré, mais plutôt mal gré.

C’est sans compter son ennemie viscérale, Harrowhark, héritière de la Neuvième maison, qui a besoin de son aide pour gagner un concours avec à la clé la vie éternelle.

Pour retrouver sa liberté, Gideon va devoir faire amie-amie avec son ennemie d’enfance, ou du moins, essayer de ne pas la tuer avant qu’elle ne devienne Dieu.

Science-fiction — Fantasy noire — Amie-ennemie — Space Opera — Gothique — Magie — Nécromancie —Horreur — Amitié — Squelettes — Prix — LGBTIQIA+ — Sapphique — Humour — Violence Mélange des genre Action

Contexte de lecture

Alors laissez-moi vous dire que la fantasy noire (ou dark fantasy), ce n’est normalement pas ma tasse de thé (aka Le trône de fer). Je la vois un peu comme un bain qu’on me proposerait après une sale journée à trimer dans la froidure. Sauf que le bain, et bien, il est glacé. Full stop. Non sérieusement, la vie est déjà assez froide et cruelle, j’aime me plonger dans des imaginaires où je n’ai pas envie de m’occire après chaque page. Et justement, Gideon la neuvième, c’est un bain chaud avec des herbes funky et curatives. Le fait que la protague principale soit lesbienne et masc, ça aide ; je ne suis qu’une simple âme après tout.

Couverture de Tommy Arnold
Un setting sombre mais vivant

Le gros de la narration prend place dans un manoir labyrinthique mangé par la moisissure et l’eau, lapé par la mer, aux fenêtres ternes et sales, au mobilier usé, délavé et poussiéreux. Vous voyez l’image : une très grande bâtisse décrépie, ombre de sa gloire passée, remplie d’histoires mais surtout de squelettes ambulants. Un merveilleux personnel qui n’a pas besoin de congé maladie. J’ai adoré les voir vivre une afterlife paisible en parallèle du drama qui se déroule dans le manoir.

Tamsyn Muir tisse une trame bien ficelée et nous tient au bord de notre siège, sauf qu’on sait pas si c’est à cause de son humour tordant ou bien à cause des révélations disséminées avec abondance jusqu’au dénouement. À ce titre, la traductrice Stéphanie Lux s’est admirablement bien débrouillée pour retranscrire le comique de l’autrice, même si malheureusement certaines blagues passent mieux dans la version originale.

La plume de Tamsyn Muir va faire travailler votre imagination avec des descriptions hautes en couleurs et en détails. Pour autant, si l’on pourrait craindre une certaine lenteur de la prose, ce n’est pas le cas car le rythme reste soutenu avec des scènes où se succèdent duels à la rapière et autre magie nécromancienne, expériences funestes et phase d’enquête.

Un concours opposant un large panel de personnages

À moitié morts ou à moitié en vie, en paire ou en trio, l’autrice nous fait don de tout un cast de persos qui marquent par leur personnalité et leur humour et qu’on va adorer découvrir à travers les différentes intrigues reliant les héritiers des huit maisons et leur cavaliers.

Fanart représentant tous les personnages de Gideon la neuvième, artiste Exmakina

Une grande gold star pour Gideon, le perso principal, une lesbienne masc à l’épée aussi acérée que sa répartie. Elle workout tous les matins, lit de la littérature très profonde (sa collection de magazine porno) et overall, elle est stylée. On oublie presque qu’elle n’a que 18 piges.

Dans une fantasy noire, on imagine un perso principal qui va de paire. Sombre, au bord du suicide. Or, Gideon frappe par sa vitalité, c’est un véritable brasier dans l’obscurité de la maison Canaan, ce fameux manoir sacré. Aussi, il n’y a pas de Gideon sans son ennemie jurée Harrowhark, une nécromancienne de talent qui hait Gideon autant que toutes les couleurs de l’arc en ciel. J’ai trouvé leur relation amie-ennemie intéressante et divertissante. J’ai d’autant plus apprécié de la voir évoluer.

« Harrowhark Nonagesimus, la Respectable Fille, avait fait du noir et du sourire méprisant sa marque de fabrique. En fait, ces deux caractéristiques composaient 100% de sa personnalité. Gideon s’étonnait toujours qu’en à peine dix-sept ans d’existence dans l’univers, on puisse porter cette couleur et ce mépris avec une assurance aussi ancestrale. »

Extrait de Gideon la neuvième

Bon, parce qu’il faut un bémol très subjectif, autant j’ai apprécié cette lecture et la représentation des lesbiennes masc, autant, j’aurai apprécié un chouïa de romance en plus. Mais en revanche, il y a des grands moments d’amitié notamment grâce à cette relation nécromancien.ne/cavalier.e que l’autrice instaure entre les héritier.es et leur cavalier.e. Ça montre qu’on peut avoir une très bonne représentation lesbienne sans que l’histoire tourne autour de sa sexualité. Et ça, ça fait plaiz.

Mes lectures préférées sont celles qui m’apprennent à être une meilleure écrivaine tout en me faisant passer un bon moment. Cette lecture va directement dans mon top 3 autant pour la qualité de la plume de Tamsyn Muir, complexe sans être hors de portée, que pour son contenu aussi original que le premier jour de l’humanité.

En définitive, je recommande vivement ce tome 1, vous ne regretterez pas cette épopée morbide. C’est une SFFF sapphique de taille. Nul doute qu’il rejoindra les classiques dans quelques années.

À propos de l’autrice de Gideon la neuvième

Née en 1985 en Nouvelle-Galles du Sud, Tamsyn Muir est une romancière lesbienne de SF et de fantasy. Publié en 2019, Gideon la neuvième (de son nom original Gideon the ninth) est son premier roman. Il a été récompensé du Locus Award en 2020. C’est le premier volume de sa série Le Tombeau Scellé nominée aux Hugo Awards dans la catégorie meilleure série.

Crédit photo portrait par la photographe Vicki Baily de l’agence VHBPhotography

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